Lyon 1ère

L'ombre de Collomb sur la bataille de Villeurbanne

Samedi 27 Mai 2017

L'affiche a tout du règlement de comptes: à Villeurbanne, En Marche! a investi l'entrepreneur Bruno Bonnell face à l'ex-ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem, dans une région lyonnaise où Gérard Collomb n'a jamais digéré l'ascension de son ancienne protégée.

Le maire socialiste de Villeurbanne (147.000 habitants), qui forme la 6e
circonscription du Rhône, a donné le ton en comparant, dans la presse, le
ministre de l'Intérieur à Don Corleone.

"Il règle ses comptes à la manière d'un parrain", a lâché Jean-Paul Bret
dans une interview à Lyon Capitale. Najat Vallaud-Belkacem "ne s'est pas
soumise" et il n'a "pas supporté sa montée en notoriété depuis cinq ans" ;
"avec les vents qui poussent Macron, Gérard Collomb a pensé que c'était le
moment de la dégommer".

Contrairement à d'anciens collègues du gouvernement candidats aux
législatives, Najat Vallaud-Belkacem, partisane d'une "gauche forte" à
l'Assemblée, n'a pas été épargnée avec l'investiture de Bruno Bonnell, un
serial-entrepreneur à succès dans les jeux vidéo puis la robotique, proche de
Gérard Collomb et référent local d'En Marche!.

Dans ce faux "10e arrondissement" de Lyon dont les élus jouent les
frondeurs à la métropole, l'issue du match est incertaine bien que le PS
tienne la circonscription depuis trente ans, exception faite d'une parenthèse
RPR entre 1993 et 1997, années de la vague bleue. Marc Fraysse RPR avait profité de cette parenthèse...

Au premier tour de la présidentielle, Benoît Hamon a recueilli 9% des
suffrages à Villeurbanne, loin derrière Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, devancé aussi par François Fillon et Marine Le Pen.

Un sondage donne Bruno Bonnell gagnant dans la circonscription, où la gauche part en ordre très dispersé parmi les 19 candidats.

En y labourant le terrain depuis son implantation en 2014, "NVB" pensait
sans doute que la partie serait plus facile que dans la 4e circonscription,
ancrée à droite, où elle avait été battue en 2007 par Dominique Perben puis elle avait renoncé à se présenter en 2012 après son entrée au gouvernement.

C'était sans compter sur "l'envoyé de Lyon", comme elle décrit son rival.
Sans en rajouter : "il n'y a pas de complot". "Je n'ai aucunement contribué à rendre difficiles nos relations" avec Gérard Collomb, "un grand élu local, un bâtisseur" auquel elle "souhaite de réussir" au gouvernement.

"On est en politique, pas dans un roman-photo !" s'agace celle qui fut
présentée au maire de Lyon par son épouse Caroline, rencontrée à Sciences-Po au début des années 2000.

Elle grandit politiquement avec lui avant de s'émanciper, une source de frustration, parmi d'autres, pour le baron lyonnais. Et une raison de se venger aujourd'hui ?

"Collomb, c'est quelqu'un qui a un échiquier face à lui et bouge ses pions
comme ça l'arrange, commente un ancien socialiste local. On l'a vu aussi avec Thierry Braillard, un autre ancien protégé qu'il a fait élire député en 2012 et qu'il vient de débrancher au profit de Thomas Rudigoz", investi par En Marche! dans la 1ère circonscription aux dépens de l'ex-ministre, qui a jeté l'éponge.

Mais Bruno Bonnell dément tout "règlement de comptes" : "ici ce n'est pas Clochemerle, c'est un affrontement entre l'ancien et le nouveau monde politique". "Je ne suis pas un parachuté. C'est moi qui ai demandé de venir. Collomb ne m'a pas manipulé", assure ce natif d'Alger en 1958, "façonné" ensuite par Villeurbanne.

Arrivé à huit ans, il y a fait ses études et y a fondé "toutes ses entreprises", a-t-il rappelé mardi à la centaine de personnes qui assistaient à un débat organisé par le quotidien Le Progrès.

Au jeu du qui sera le plus villeurbannais, la candidate LR Emmanuelle Haziza, 32 ans, battue en 2012 dans la circonscription, renvoie ses rivaux dos à dos : "je n'ai pas attendu (pour me lancer) d'être virée de Lyon, ni d'avoir un président élu".

Najat Vallaud-Belkacem, née au Maroc et passée par la Picardie, revendique,
pour Villeurbanne, un choix plutôt que "le hasard d'une naissance".

Surtout, celle que Bernard Cazeneuve vient soutenir lundi estime incarner "le vote utile" car "élire un député En marche! de plus, c'est envoyer à l'Assemblée un robot, avec des votes préprogrammés".

Son adversaire, chantre de la "Robolution", appréciera.


Avec AFP

 

Ecoutez le débat Lyon 1ère sur la 6ème circonscription

http://www.lyonpremiere.com/DEBAT-LEGISLATIVES-6eme-CIRCONSCRIPTION-Villeurbanne_a16326.html

 
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