Lyon 1ère

Euronews: une contestation venue de la base secoue le dialogue social

Jeudi 8 Décembre 2016

Un mouvement de contestation venu de la base a rencontré un écho inattendu au sein de la rédaction d'Euronews, plaçant sur la défensive les syndicats traditionnels qui avaient fait le choix de la
discussion avec la direction de la chaîne d'information paneuropéenne.

"Cette journée marque un tournant dans la vie d'Euronews", reconnaît jeudi Jean-Michel Beck, délégué CFDT, attaché au climat "familial" qui règne depuis toujours dans la chaîne qu'il a rejointe à ses débuts en 1992.

Dans un vote électronique organisé mardi et mercredi, sans que les syndicats y soient associés, 205 salariés ont voté "non" à la question "faites-vous confiance à la direction dans sa gestion?".

Le "oui" a recueilli 34 voix et 52 personnes n'ont pas voulu se prononcer.

434 personnes s'étaient inscrites pour participer au scrutin et 291 ont exprimé un vote.

Euronews emploie 389 salariés en contrat à durée indéterminée, mais ses effectifs dépassent les 800 personnes dans les bureaux de Lyon et Bruxelles concernés par le vote, en comptant intérimaires et pigistes.

Ne pouvant compter sur la logistique syndicale, les organisateurs du scrutin ont contacté individuellement les salariés afin d'obtenir leur adresse électronique personnelle, indispensable pour ce vote électronique.

Tous les membres de la rédaction n'ont pas été joints - c'est le cas de plusieurs représentants syndicaux - et certains votes n'ont pas été enregistrés pour des raisons techniques.

"Ce vote, quoique symbolique et n'ayant pas de valeur légale, doit envoyer un message fort à la direction en ce moment de licenciements de dizaines de salariés, de réduction ou de suppression de services linguistiques, ainsi que de prise de décisions d'une gestion stratégique erratique", a commenté jeudi FO, le syndicat le plus proche des revendications des "frondeurs".

"S'il y a un tel écart entre les élus syndicaux et la base, c'est qu'il y a quelque chose de pourri au royaume d'Euronews", a lancé sa représentante, Ana Miranda.

Le vote de cette motion de défiance intervient à un moment charnière de la vie de l'entreprise: Euronews veut fermer son service en langue ukrainienne, réduire la voilure en farsi et en arabe, renégocier le contrat de travail d'une grande partie de la rédaction et ouvrir son capital à l'américain NBC News.

"Tout le monde est inquiet", reconnaît Christelle Petrongari, déléguée SNJ. "La différence avec les initiateurs du vote de défiance, c'est plus dans la manière de faire. Nous, on a choisi de privilégier la négociation et on a été entendu sur beaucoup de choses", fait-elle valoir.

CGT, SNJ, CFDT et CGC, qui ont recueilli 82% des voix aux élections professionnelles, estiment avoir réussi, par leur démarche, à atténuer les aspects les plus durs du plan de la direction, notamment sur le nombre de départs contraints qui pourraient "in fine" se compter en unités.

"En tant que syndicaliste, je ne peux pas dire que c'est satisfaisant mais c'est un résultat acceptable", relève M. Beck.

Les quatre syndicats ont d'ailleurs signé mercredi un accord majoritaire sur le volet d'accompagnement social du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).

Interrogée par l'AFP, la direction d'Euronews a "pris acte" du résultat du vote, tout en s'interrogeant sur la composition du panel de votants. "Le dialogue social continue", a-t-elle assuré.

Mme Miranda de FO craint pour sa part que la direction se livre à un "chantage émotionnel" en imputant à ses opposants un éventuel échec du rapprochement avec NBC, qui serait lourd de conséquences.

A l'invitation d'un collectif baptisé "Not in my name", quelque 70 salariés se sont réunis pendant une demi-heure dans le hall de la chaîne, jeudi après-midi, afin de "marquer (leur) attachement à Euronews". "Nous ne soutiendrons jamais les actions qui nuisent à Euronews, au devenir de notre chaîne et donc à nos emplois", soulignait ce collectif dans un tract.


Avec AFP

 
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