Lyon 1ère

Information judiciaire pour "escroquerie" contre le repreneur d'une usine financée par Bpifrance

Jeudi 9 Mars 2017

Une information judiciaire a été ouverte pour "escroquerie et abus de biens sociaux" contre le repreneur italo-autrichien d'une usine de papier en Isère, qui avait reçu près de 11 millions d'euros de la banque publique d'investissement Bpifrance et vient d'être liquidée.

"Deux juges d'instruction ont été saisis car l'affaire présente une certaine complexité", a déclaré jeudi à l'AFP Jean-Yves Coquillat, procureur de la République à Grenoble, confirmant une information du quotidien Le Monde.

Le parquet avait ouvert une enquête préliminaire après avoir été saisi d'une plainte de Bpifrance "le 13 septembre (2016) contre Martin Gruschka", l'entrepreneur choisi pour relancer l'usine de papier de 51 salariés installée à Voreppe, près de Grenoble.

La démarche de Bpifrance est "assez exceptionnelle", a souligné la banque d'investissement dédiée aux PME. Elle était entrée au capital de la société en difficultés Ecocis à hauteur de 10,9 millions d'euros. Cette dernière, née sur les ruines du papetier Vertaris, avait bénéficié du soutien financier de la banque pour acheter une imposante machine de séchage en Finlande et la remonter dans l'usine française pour produire de la pâte issue de papier recyclé.

Bpifrance avait investi aux côtés du fonds Springwater Capital qui avait remporté un appel d'offres lancé par la communauté de communes du Pays Voironnais pour reprendre le site de recyclage de papier usagé en pâte à papier de haute qualité.

Cette stratégie devait permettre de viser un marché mondial dans les secteurs du "papier de bureau, du carton mais aussi de l'hygiène et non plus uniquement le marché très difficile des papiers de journaux magazines, qui était la première vocation du site", explique Bpifrance.

Mais au début de l'été 2016, la banque a été "interpellée par des difficultés de trésorerie" de la société, jugées "anormales au vu de la trésorerie qu'elle était supposée avoir".

La cessation de paiement a été constatée dès l'été et le tribunal de commerce a placé l'entreprise en
liquidation judiciaire en février.

La production était à l'arrêt depuis fin août et "les salariés ont reçu mardi et mercredi leur lettre de licenciement", a annoncé Bruno Vignot, délégué CGT.

"Il ne va pas y avoir d'indemnités, on va partir avec quelques centaines d'euros au mieux, la prime légale de licenciement. On part avec nos yeux pour pleurer", a-t-il ajouté.

Bpifrance a affiché sa "sidération face à l'épuisement de la trésorerie" et aux impayés subis par les fournisseurs, estimant que le projet était "prometteur" et que les commandes mais aussi "les compétences" étaient réunies pour faire fonctionner le site. "Ce n'était pas un pari si risqué que cela car il y avait un vrai débouché économique", selon elle.

L'investissement "nécessaire au démarrage de l'activité", décidé en octobre 2015, devait "permettre de générer du chiffre d'affaires dès la première année", mais en tant qu'investisseur minoritaire, la banque n'était "pas en gestion opérationnelle de l'entreprise", souligne-t-elle.

Elle assure n'avoir "pas relâché ses efforts" pendant les trois mois qui ont séparé le redressement judiciaire de la liquidation de l'usine pour trouver "d'autres repreneurs". Mais "aucune offre formelle de reprise n'a été posée".

 

Gérald BOUCHON---un incendie, un accident, un radar...appelez notre numéro URGENCES 24H/24, 7J/7: 0950.21.90.20



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