Lyon 1ère

Jean-François Carenco, le préfet qui "se lève le cul pour que ça marche", quitte Lyon

Jeudi 5 Mars 2015

Préfet "hors cadre", il l'a été plusieurs fois auprès du ministre Jean-Louis Borloo. Mais Jean-François Carenco, qui rejoint la préfecture d'Ile-de-France après quatre ans en Rhône-Alpes, sort aussi du carcan par le style et le verbe.
 
Cela faisait plusieurs fois qu'on le donnait parti. Au printemps dernier,
c'était à Matignon qu'il était pressenti, pour s'occuper de la réforme de
l'État; le poste lui était passé sous le nez. Il s'était consolé depuis en
portant sur les fonts baptismaux, avec Gérard Collomb et Michel Mercier, la métropole lyonnaise. Sans compter une mission interrégionale sur le loup et sa nomination à la tête de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse.
 
Ce natif de la Gironde de 62 ans, diplômé d'HEC et de l'ENA, a débuté dans l'ombre de Georges Frêche à Montpellier avant d'exercer en Nouvelle-Calédonie, à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Guadeloupe, mais aussi dans le Tarn-et-Garonne, en Haute-Savoie, en Seine-Maritime et à l'aéroport de Toulouse. Ainsi que dans des différents cabinets de Jean-Louis Borloo.
 
"Tous ceux qui ont travaillé avec lui l'adorent", assure ce dernier, évoquant "un énorme bosseur et un républicain absolu", "un peu atypique" mais
"qui ne cherche pas l'originalité".
 
A Lyon depuis décembre 2010, M. Carenco s'est beaucoup investi dans les dossiers économiques. Jusqu'à menacer l'ancien propriétaire du fabricant de PVC Kem One, le financier américain Gary Klesch, de le poursuivre "jusqu'à la fin de ses jours" s'il faisait capoter le sauvetage de l'entreprise. Dans lequel, dixit la direction comme les syndicats, le préfet aura beaucoup compté. "Je me lève le cul pour que ça marche", glisse un jour l'intéressé lors d'un déjeuner de presse.
 
Il pousse volontiers des coups de gueule. Contre le "French bashing", un de ses chevaux de bataille, surtout si ses collègues s'y mettent: fin 2013, quand Le Figaro se fait l'écho d'une lettre alarmiste de préfets sur une France au bord de la révolte, il peste contre ceux qui gonflent les chiffres des manifestants et montent en épingle les sifflets du 11 novembre.
 
Lui préfère "émettre des ondes positives". "Ça va bien", assurait-il aux
journalistes, un sourire dans la moustache, à la dernière rentrée. "Les
rythmes scolaires, c'est passé comme une lettre à la Poste. Mais vous préférez parler du café de Papy Mougeot qui a fermé..." Qu'on se le dise: le nouveau préfet d'Ile-de-France n'a pas la langue dans sa poche.
 
Les roms ? "Ça ne dure pas depuis dix ans mais depuis le 13e siècle. Alors
ne comptez pas sur moi pour régler la question, c'est un problème qui se
gère." Les attaques de troupeaux ? "Je ne suis pas sûr que la France aille
mieux quand il n'y aura plus ni loup, ni lynx, ni vautour... Déjà que nos enfants ne savent pas à quoi ressemble une vache." L'écoulement des nitrates ?

"Quand c'est pentu, c'est pas comme quand c'est plat. Il semble que ce ne soit pas une évidence pour un certain nombre de Bruxellois."
 
Son franc-parler lui joue parfois des tours: pour avoir traité "d'imbéciles" des militants nationalistes lyonnais, il s'est retrouvé devant un juge pour injure. Affaire classée depuis.
 
Décrit comme "très humain" et "très chaleureux", on le regrettera à la
préfecture de Lyon. Chez les "cultureux" aussi, comme s'amuse à les appeler ce père de comédienne, tout en soutenant leurs actions dans les quartiers difficiles. Il avait même ouvert ses salons au chorégraphe Mourad Merzouki, pour un "battle" de hip hop mémorable sous les ors de la République.
 
Celui qui n'achète rien sur internet et fuit les grandes surfaces, se refuse aussi à ouvrir un compte Twitter, malgré l'insistance de ses collaborateurs: "Imaginez que j'aie seulement deux followers, la honte !" La pirouette n'est jamais loin.


 
Gérald BOUCHON---un incendie, un accident, un radar...appelez notre numéro URGENCES 24H/24, 7J/7: 0950.21.90.20