Lyon 1ère

Le dernier discours public de Jean Jaurès célébré à Lyon

Mercredi 23 Juillet 2014

Le dernier discours public de Jean Jaurès célébré à Lyon
Le 25 juillet 1914: dans un café populaire de Lyon, Jean Jaurès prononce ce qui sera son dernier discours public avant son assassinat, six jours plus tard à Paris.

En ce jour de la fin juillet 1914, ils sont plus de 2.000 à se presser dans un café du quartier de Vaise pour entendre le dirigeant socialiste.
 
Jaurès est venu soutenir le candidat de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO) Marius Moutet, à l'élection législative partielle organisée dans la 6e circonscription du Rhône, détenue depuis 1906
par un autre socialiste, décédé.
 
Mais d'élection, il ne sera guère question dans ce meeting alors que se multiplient les signes annonciateurs d'une guerre imminente. Et pour s'opposer à "la barbarie" qui menace, il appelle une nouvelle fois le mouvement ouvrier international à unir ses forces.
 
"Jamais, depuis quarante ans, l'Europe n'a été dans une situation plus menaçante et plus tragique", entame d'emblée le tribun socialiste.
 
"Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe: ce ne serait plus comme dans les Balkans une armée de 300.000 hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d'hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie", lance-t-il avec des accents prémonitoires.
 
"Je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n'y a plus au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie, qu'une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes, et que nous demandions à ces milliers
d'hommes de s'unir pour que le battement unanime de leurs coeurs écarte l'horrible cauchemar", conclut Jaurès.
 
Six jours plus tard, le 31 juillet il sera assassiné à Paris, rue Montmartre, par Raoul Villain, alors qu'il est en train de dîner au Café du Croissant, près du siège de "l'Humanité", le journal qu'il a créé. Deux jours plus tard, le conflit mondial éclate et la SFIO rejoint l'Union sacrée pour la guerre...
 
Le discours de Vaise est l'occasion pour la municipalité de Lyon d'un hommage, à travers notamment une exposition, une conférence et une commémoration publique jeudi à la mairie du 9e arrondissement, en présence du maire PS de Lyon, Gérard Collomb.
 
Hubert Julien Laferrière, maire (PS) de l'arrondissement, y voit l'occasion de rendre hommage au "socialiste humaniste et réformiste" qui "n'était pas dans le grand soir mais dans la transformation concrète".
 
Jean-Dominique Durand, adjoint à la Mémoire à la mairie de Lyon, retient lui dans le discours de Vaise "un grand souffle qui, au-delà du contexte de l'époque, garde une résonnance très forte aujourd'hui", alors que se multiplient les foyers de tensions.
 
"Pour Jaurès, la paix est une préoccupation majeure qui passe par la construction d'un ordre international reposant sur la morale et la justice", estime-t-il.
 
De son côté, le directeur de l'Humanité, Patrick Le Hyaric, sera à Lyon vendredi pour un rassemblement sur les lieux-mêmes où le dirigeant socialiste tint meeting en 1914, et où une plaque rappelle l'événement.
 
Selon le directeur du quotidien communiste, "l'appel à la paix, au désarmement, et sûrement à un autre monde", lancé par Jaurès garde également "une grande actualité" face aux conflits actuels mais aussi à "la guerre économique généralisée qui provoque des dérèglements de toutes sortes".
 
L'historien Pierre Roy, qui animera de son côté un débat organisé par la Libre Pensée à Feyzin, vendredi, rappelle lui que si "une nouvelle forme d'union sacrée" existe aujourd'hui autour de Jaurès, il faisait alors l'objet d'une "sorte d'hallali" et  fut en quelque sorte "le premier fusillé pour l'exemple de cette guerre".
 
"Tout le monde est jaurressiste, ironise-t-il. Même ceux qui veulent le tirer vers le christianisme social, en oubliant que son assassin, Villain, fut membre du Sillon de Marc Sangnier, témoin de moralité à son procès".

Avec AFP




































































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