Lyon 1ère

Le lyonnais Alain Jakubowicz raconte comment l'ancien compagnon de route Dieudonné a "sombré"

Vendredi 26 Février 2016

Le lyonnais Alain Jakubowicz raconte comment l'ancien compagnon de route Dieudonné a "sombré"
A la fin des années 90, il l'appelait "Dieudonné", "Dieudo". Aujourd'hui, par son patronyme: Dieudonné M'Bala M'Bala. Poursuivi en diffamation, le président de la Licra Alain Jakubowicz a raconté vendredi comment un ancien "compagnon de route" a sombré dans "l'obsession antisémite".
 
En 1997, face à la montée du Front national et de Jean-Marie Le Pen, l'avocat lyonnais Alain
Jakubowicz avait "croisé" celui qui était pour lui à l'époque un "humoriste citoyen", et candidat aux législatives à Dreux face à la frontiste Marie-France Stirbois. Dieudonné avait fait l'objet "d'attaques racistes inadmissibles" et avait "sollicité" la Ligue contre le racisme et
l'antisémitisme, se souvient A. Jakubowicz.
 
Puis, au début des années 2000, Dieudonné a "changé de route, changé de chemin", se souvient "Jaku".

Dieudonné et la Licra ne sont plus côte à côte, mais face à face. En 2002 survient la "première affaire", Dieudonné qualifie dans les colonnes de Lyon Capitale les juifs d'"escroquerie", "une des plus graves parce que c'est la première". Après des années de bataille judiciaire, Dieudonné est finalement condamné au civil en 2007.
 
En 2004, "de plus en plus, la vraie nature de Dieudonné apparaît", il affirme dans le JDD que les juifs sont des "négriers reconvertis dans la banque". Il se rapproche de "mouvements radicaux", "sombre littéralement dans le conspirationnisme" en soutenant que "tous les maux de le terre sont de la faute des juifs et notamment l'esclavage", rappelle le président de la Licra.
 
Dieudonné avait un "très beau projet", un film sur le code noir, le "summum de l'abjection": l'esclavage. Le Licra "était à ses côtés", explique Alain Jakubowicz. Mais le projet ne trouvera pas les financements nécessaires. Pour Alain Jakubowicz, Dieudonné a sombré dans une "folie surréaliste", prospérant sur le "vieux poncif" selon lequel le cinéma est aux mains des juifs, lesquels ne voudraient que financer des films sur la Shoah.
 
"Il va sombrer dans l'obsession antisémite", raconte A. Jakubowicz, "je n'ai pas compris ce qui est arrivé à cet homme".
 
Puis en 2008, Dieudonné a fait monter le négationniste Robert Faurisson sur scène, chanté un détournement de chanson d'Annie Cordy en "Shoah nanas".
 
La Licra a été "la première à le poursuivre", poursuit son président, présenté dans ses spectacles, parce que juif, comme ayant "le pouvoir de convoquer le Premier ministre pour lui donner des instructions".
 
Pour Alain Jakubowicz, les condamnations prononcées contre Dieudonné ne sont pas des victoires, "nous avons échoué contre lui", car quand Dieudonné perd face à la justice, il gagne sur les réseaux sociaux, "la victoire serait que Dieudonné revienne parmi nous".
 
"Je préfère qu'il me poursuive en justice" plutôt "qu'il me jette en pâture sur les réseaux sociaux", dit Alain Jakubowicz. Dieudonné lui reproche d'avoir qualifié la "quenelle", "signe de ralliement à Dieudonné", de "salut nazi inversé signifiant la sodomisation de la Shoah", de geste "antisémite".
 
Quenelle que Dieudonné, candidat en 2009 du "parti antisioniste", voulait glisser "dans le fond du fion du sionisme".
 
Pour sa défense, A. Jakubowicz produit des photos d'Alain Soral faisant ce geste devant le mémorial de l'Holocauste à Berlin, pour laquelle le polémiste a d'ailleurs été condamné, et d'autres quenelles: devant la maison d'Anne Frank, rue de la Juiverie à Nantes ou encore d'un petit garçon affublé d'une moustache d'Adolphe Hitler sur une esplanade David Ben Gourion.
 
Me Sanjay Mirabeau, qui représentait son client à l'audience, lui, a produit "mille" photos de personnes faisant la quenelle devant le Taj Mahal, à un mariage, dans le but de démontrer la légèreté de ce geste, dont Dieudonné revendique le caractère "potache" ou "anti-système" sur son site internet.
 
A l'issue des débats, qui se poursuivaient en fin d'après-midi, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris devait mettre son jugement en délibéré.

Avec AFP


 


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