Lyon 1ère

Lourde peine requise contre l'agresseur de Marin

Vendredi 4 Mai 2018

Lourde peine requise contre l'agresseur de Marin
Après trois jours de procès, une peine ferme de 14 ans de prison a été requise vendredi à Lyon à l'encontre de l'agresseur de Marin, laissé pour mort après avoir défendu un couple qui s'embrassait dans la rue.

Poursuivi pour "violences avec usage ou menace d'une arme suivie de mutilation ou infirmité permanente", ce jeune homme encourt une peine maximale de 15 ans de réclusion.

Les débats, débutés mercredi devant la Cour d'assise des mineurs, se tiennent à huis clos, l'accusé étant âgé de 17 ans au moment des faits en 2016.

Dans ses réquisitions, l'avocat général a souligné la violence extrême de l'agression (trois coups de béquille sur la tête), estimant qu'on était à la limite d'une tentative d'homicide, selon des propos rapportés par les avocats.

Il a donc enjoint la cour à ne pas retenir l'excuse de minorité.

"Lorsque du côté du ministère public, ou des parties civiles, on nous dit que la meute des journalistes attend des réponses judiciaires et fermes, j'ai dit que la justice, ce n'était pas de suivre les journalistes ou les internautes. Elle devait être sereine et juger ce jeune avec ses difficultés, son parcours", a expliqué son avocate Me Anne Guillemaut.

"La réponse qui sera apportée à ces faits sera commentée, et si la peine n'est pas comprise (...), on risque d'avoir un sentiment de mauvaise réponse judiciaire", a répondu l'avocat de Marin et de sa mère, Me Frédéric Doyez.

Dans les plaidoiries des deux parties, l'excuse de minorité a été un point central. Car si cette dimension était retenue, l'accusé ne pourrait être condamné à plus de sept ans et demi de prison.

Pour Me Guillemaut, il est évident que son client doit être jugé comme l'enfant qu'il était au moment des faits et qui a bien été décrit comme tel par plusieurs témoins.

Mais sept ans et demi d'emprisonnement, "ce n'est peut-être pas la mesure du désastre auquel on assiste", ont fait valoir les avocats des parties civiles, au regard des lourdes séquelles supportées par Marin.

La famille, elle, réclame "une condamnation exemplaire". "Je ne pourrais pas me "contenter de quelques années", lançait Audrey, sa mère, mercredi.

L'excuse de minorité peut être écartée si deux conditions sont réunies: le mineur a plus de 16 ans et les circonstances et/ou sa personnalité le justifient, rappelle Me Doyez.

Le verdict sera rendu vendredi soir, en présence de Marin qui a besoin "d'entendre" la condamnation.

Car ce procès, il l'attendait. Le redoutait aussi depuis son centre de rééducation suisse qu'il vient de quitter. Et malgré la fatigue, il est venu tous les jours, boitant, un bras replié sur la poitrine, des cicatrices visibles sur le crâne.

Lui-même reconnaît sur Facebook avoir "abandonné tout espoir de redevenir le Marin d'avant", le brillant étudiant en sciences
politiques, qui jouait au foot et dansait avec son "amoureuse".

L'histoire de Marin, son intervention dans cette querelle de rue où souvent l'indifférence prévaut, a suscité un incroyable élan de solidarité, visible sur la page Facebook "Je soutiens Marin", suivie par près de 200.000
personnes.

Son agresseur, un adolescent à la dérive, au parcours familial chaotique, déjà connu de la police et avec des addictions à l'alcool et au cannabis, était lui "terrorisé" par cette échéance, avec "du mal à dire les choses",
selon son avocate. Une attitude qui est passée pour de l'indifférence, voire de la désinvolture sur les bancs d'en face.

Mais jeudi après-midi, il s'est passé un moment rare aux assises: la présidente les a laissés se parler tous les deux. Se tutoyant, s'appelant par leurs prénoms. Marin, sans doute marqué par sa rencontre récente avec le pape, lui demande de "changer de manière de vivre, de changer en prison". Et il laisse entrevoir la possibilité d'un pardon.

Face à lui, le jeune agresseur reconnaît alors avoir détruit sa vie, quelque chose qui a sonné comme un "avoeu" selon Me Doyez, un premier "moment de justice" avant le verdict.


Avec AFP



 

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