Lyon 1ère

Médicaments pour la thyroïde: imbroglio autour d'une usine de fabrication en Isère

Vendredi 10 Novembre 2017

Un avocat des malades de la thyroïde reproche à l'Etat et à Merck de ne pas faire appel à une usine en Isère qui fabrique toujours, selon lui, l'ancienne version du Levothyrox, mais les autorités de santé et le laboratoire assurent qu'il ne s'agit pas du même produit.

L'avocat a annoncé vendredi dans un communiqué avoir adressé par voie
d'huissier "une sommation interpellative" à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, au groupe allemand et son sous-traitant, la société Patheon basée à Bourgoin-Jallieu, ainsi qu'à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Cet acte juridique permet de poser officiellement une question à un
tiers.

"Nous voulons savoir pourquoi les autorités sanitaires françaises n'ont pasexigé de Merck et de son sous-traitant que la production de l'ancienne formule soit écoulée sur le marché français", déclare Me Christophe Lèguevaques, en
demandant à connaître la capacité de production de cette usine iséroise,
"destinée exclusivement au marché italien".

La nouvelle formule du Levothyrox a été mise sur le marché en mars, mais
certains patients se sont rapidement plaints d'effets secondaires. Face à leurcolère, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé en septembre
l'importation de stocks de l'ancienne formule de Levothyrox, de façon
transitoire.

Cette ancienne formule a été importée d'Allemagne, où elle est commercialisée sous le nom d'Euthyrox.

Or, dans l'usine iséroise, "la société Patheon fabrique de l'Eutirox (avec
un 'i')" commercialisé en Italie, a assuré à l'AFP le ministère de la Santé,
selon lequel "l'ancienne formule de Levothyrox et l'Eutirox ne sont pas les
mêmes produits".

Le ministère relève notamment que "les procédés de fabrication ne sont pas les mêmes" et que la source des composants (principe actif, excipient lactose) est différente.

"La formule destinée au marché italien ne correspond pas de façon
strictement identique à l'ancienne formule du Levothyrox", a également précisé Valérie Leto, pharmacienne responsable de l'entité juridique Merck-Serono à Lyon, selon qui "l'ancienne formule n'a jamais été produite en France".

En revanche, poursuit-on au ministère, l'Euthyrox de Merck, en provenance
d'Allemagne, "est strictement identique à l'ancienne formule du Levothyrox qui était commercialisé en France".

Pour l'Euthyrox Merck (ancien Levothyrox), "les stocks sont disponibles", même s'il peut avoir "des délais de répartition" dans les pharmacies.

Selon les chiffres du ministère, 198.720 boîtes d'Euthyrox Merck (ancien Levothyrox) importées ont été mises à disposition des patients à partir du 2 octobre.

Au 5 novembre, 147.146 boîtes avaient dispensées aux patients, laissant un stock d'environ 50.000 boîtes à cette date.

Au cours d'octobre, le ministre relève des "ventes considérablement en
baisse, ce qui indique que ceux qui en avaient besoin ont pu se le procurer".

Ainsi 4.426 boîtes étaient dispensées la semaine du 23 octobre contre 2.330
boîtes la semaine suivante.

Par ailleurs, un médicament alternatif au Levothyrox a été rendu disponible
en octobre, le L-Thyroxin Henning de Sanofi. De mi-octobre au 5 novembre,
152.000 boîtes de ce médicament ont été dispensées, tous dosages confondus, sur les 300.000 environ mises sur le marché.

A cette date environ 150.000
boîtes, tous dosages, étaient encore disponibles.

Le 19 octobre, Agnès Buzyn avait précisé que les malades souffrant d'effets secondaires disposeraient de "cinq médicaments différents" à partir de la mi-novembre.

L'introduction en mars de la nouvelle formule du Levothyrox a déclenché uneimportante crise sanitaire et une enquête judiciaire menée par le pôle santé du TGI de Marseille. A Lyon, où Merck est basé en France, Me Lèguevaques a parallèlement assigné le laboratoire dans le cadre d'une action collective de malades.


Avec AFP



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