Lyon 1ère

Non-dénonciation d'agressions pédophiles: le cardinal Barbarin entendu par la police

Mercredi 8 Juin 2016

Que savait le cardinal Barbarin sur le cas d'un prêtre lyonnais, suspecté d'abus sexuels sur de jeunes scouts il y a 25 ans ?

Son audition mercredi par la police doit aider à faire la lumière sur une
affaire qui empoisonne l'Eglise de France.
 
L'archevêque de Lyon est arrivé mercredi vers 08H00, accompagné d'un
avocat, Me Jean-Félix Luciani, dans les locaux de la Brigade départementale de protection de la famille pour une audition libre - sans placement en garde à vue - dans le cadre d'une enquête préliminaire ordonnée par le parquet.
 
Qui touche ici à sa fin: il reviendra prochainement au procureur de la
République d'y donner suite ou non en classant l'affaire, en la renvoyant
directement devant un tribunal ou en saisissant un juge d'instruction.
 
La convocation de Mgr Barbarin, après plusieurs mois de scandale, intervient aussi quatre jours après la publication d'une lettre apostolique dans laquelle le pape a ouvert la voie à la révocation d'évêques coupables de "négligence" dans leurs fonctions face à des cas de pédophilie.
 
Le Primat des Gaules, mis en cause pour des faits de "non dénonciation"
d'agressions sexuelles sur mineurs et de mise en danger de la vie d'autrui,
doit s'expliquer sur le cas du père Bernard Preynat, mis en examen fin janvier
pour des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991.
 
Cette affaire qui vise l'une des personnalités les plus influentes de l'Eglise de France est complexe: les faits sont anciens et le cardinal Barbarin, qui assure n'avoir "jamais couvert le moindre acte de pédophilie", n'est arrivé dans le diocèse de Lyon qu'en 2002. Soit onze ans après le dernier fait retenu par la justice contre le "père Bernard".
 
Depuis quand l'archevêque était-il au courant ? De quoi a-t-il été informé et par qui ? Pourquoi avoir laissé ce prêtre exercer dans une paroisse au contact d'enfants jusqu'en août 2015 ? Sans dénoncer les faits à la justice ?
 
Les réponses publiques du diocèse ont varié: évoquant d'abord un premier
contact avec une victime en 2014, le cardinal a ensuite précisé avoir entendu
parler de l'affaire, via un tiers, dès 2007-2008. Date qui peut avoir de
l'importance, la prescription en matière de non-dénonciation étant de trois
ans.
 
Lors d'une réunion du clergé lyonnais, le 25 avril, le cardinal a reconnu "des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres". Il a
également demandé pardon aux victimes. Le pape lui a enfin apporté un soutien sans équivoque.
 
Mais pour les victimes regroupées au sein de l'association La Parole Libérée, l'archevêque a bel et bien voulu étouffer les agissements de Bernard Preynat, en faisant perdurer "l'omerta" qui prévalait depuis les années 70. Au moins six d'entre elles ont porté plainte.
 
Une seconde enquête préliminaire pour "non-dénonciation" est par ailleurs
toujours en cours. Elle concerne une plainte d'un haut-fonctionnaire du
ministère de l'Intérieur affirmant avoir été victime d'agressions sexuelles, à
16 et 19 ans, de la part d'un autre prêtre lyonnais dans les années 1990. Le
cardinal n'est pas entendu dans ce cadre mercredi.
 
C'est le diocèse, en octobre, qui avait révélé l'enquête en cours sur le
père Preynat. Mais les langues se déliant et d'autres affaires ayant refait
surface, le scandale a depuis éclaboussé toute l'Eglise.
 
La dernière assemblée des évêques, à la mi-mars à Lourdes, a été largement
consacrée aux questions de pédophilie et tout un arsenal de mesures a été
annoncé depuis.
 
D'autres membres du diocèse de Lyon visés par les plaintes ont été entendus
dans ce dossier et au moins deux perquisitions ont eu lieu à l'archevêché. Le
cardinal Barbarin avait déjà été entendu comme témoin dans d'autres affaires
mais c'est la première fois qu'il répond d'accusations de non-dénonciation.
 
Vendredi, la cour d'appel de Lyon doit se prononcer sur la prescription des
faits reprochés au père Preynat. Si elle les déclarait prescrits, la défense
de Mgr Barbarin estime qu'il ne serait plus possible de poursuivre le
cardinal, mais les avis juridiques divergent.
 
Un seul évêque français à ce jour a été condamné pour non-dénonciation, Mgr Pican en 2001, à trois mois de prison avec sursis.


Avec AFP


 
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