Lyon 1ère

Tuer sa femme atteinte d'Alzhzeimer: une "délivrance" jugée aux assises

Jeudi 2 Novembre 2017

Son geste, ce fut "la fin du bonheur et la fin du malheur". Un octogénaire est jugé depuis jeudi par les assises de l'Isère pour avoir étouffé, en octobre 2015, son épouse atteinte de la maladie d'Alzheimer.

Assis sur une chaise près de son avocate, Me Solen Morvan, le vieil homme de 81 ans ne rate pas un mot de l'audience, tout en triturant un mouchoir entre ses mains.

A la barre, il pleure, tremble, retrace sa vie. "Pour moi, c'était la femme idéale", raconte-t-il, alors que brille à son annulaire gauche l'alliance de son mariage. "C'était une belle femme. Elle avait tout quitté pour moi."

C'est la maladie qui a surtout compliqué la vie du couple. "Elle avait une très bonne santé durant sa vie mais tout lui est tombé dessus une fois à la retraite."

Si Alzheimer ne lui a jamais été réellement diagnostiqué, la victime, âgée de 81 ans, en avait tous les symptômes. "Le docteur traitant disait: +oh c'est pas grave, c'est pas grave !+ On a vu un neurologue. Il nous a dit que ma femme avait perdu beaucoup de neurones."

Au quotidien, la victime, sous forts traitements médicaux, devenait de plusen plus dépendante de son mari; elle était exigeante, d'humeur changeante et ne souhaitait pas d'aide à domicile, malgré les difficultés.

"C'était une contrainte. Elle voulait sortir tous les jours. C'était la croix et la bannière pour l'habiller et la déshabiller. Elle descendait doucement les escaliers de notre résidence. Elle les montait encore plus
doucement. Il y avait un parc à côté de chez nous. Il y avait un banc, on s'asseyait là pendant des heures. C'était notre principale activité", raconte l'époux.

L'octogénaire, qui a servi dans l'aviation lors de la Guerre d'Algérie et
qui a travaillé comme ouvrier depuis ses 17 ans, jusqu'à devenir chef d'équipe en fin de carrière, poursuit la description de ce quotidien pesant, de l'aide pour la toilette à la préparation des repas.

Le président de la cour lui demande s'il aimait son épouse. "Oh oui. Bien
sûr, ce n'était plus le grand amour du début", les années passant, dit-il.
Mais il était toujours auprès de son épouse, comme ont pu le confirmer à labarre des voisins du couple, qui habitait à Fontaine dans l'agglomération de Grenoble.

Spontanément, avant même que les débats n'en arrivent aux faits, l'accusé
revit le 29 octobre 2015, quand il a saisi un traversin, l'a posé sur la tête
de son épouse qui dormait encore et s'est allongé dessus pendant plusieurs
minutes.

"Ce matin-là, j'étais épuisé. Je ne voyais plus de solution. Je n'avais plus le courage et la force. La veille, avec mon fils, on est allé voir une assistante sociale pour pouvoir être aidés. Je suis rentré avec du retard. Ma femme était très, très énervée, elle m'a même reproché de ne pas faire le repas du midi. Quand je lui en ai reparlé vers 18H00, elle ne s'en souvenait pas. Je ne lui en voulais pas. Mais durant toute la nuit, je n'ai pas dormi."

Il se sentait démuni. "Je regrette ce que j'ai fait mais à moi, je me dis
que ça a été une délivrance pour elle. Et pour moi aussi."

Le verdict est attendu vendredi. Jugé pour homicide volontaire sur conjoint, une circonstance aggravante, l'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.


Avec AFP






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