Lyon 1ère

Victimes de pédophilie dans l'Église: après un "testing", des "réformes" exigées

Vendredi 13 Octobre 2017

L'association La Parole libérée, à l'origine des révélations d'actes pédophiles qui ont secoué l'Église catholique en France depuis 2015, publie les résultats d'un "testing" sur la prise en charge des victimes par les diocèses et demande des "réformes" pour l'améliorer.

Le "testing", réalisé entre mai et juillet, a consisté à envoyer un mail à un échantillon de 33 cellules d'accueil signalant l'existence d'une prétendue
victime, âgée aujourd'hui de 38 ans et ayant été agressée sexuellement à 9 ans par un prêtre.

Selon ce document révélé vendredi par Le Monde, 28 diocèses, ainsi que la Conférence des évêques de France (CEF), ont répondu au message, dont 22 en moins de 72 heures.

L'association de victimes souligne d'ailleurs "la célérité" et le "contenu chaleureux" de la réponse.

La Parole libérée affirme toutefois que "seuls deux diocèses" ont respecté
"leurs obligations légales" en alertant le procureur de la République de leur
ressort.

"Il y a dans ce rapport des erreurs manifestes et des erreurs
d'interprétation", a réagi auprès de l'AFP le porte-parole des évêques, Mgr
Olivier Ribadeau Dumas. "Nous ne sommes pas d'accord, à l'évidence, pour dire que 95% des évêques sont dans l'illégalité", a-t-il ajouté, jugeant conforme à la loi que l'évêque "s'assure de la vraisemblance des faits" avant un signalement.

"Notre schéma, c'est inciter la victime à porter plainte ; si la victime ne
porte pas plainte, demander à l'auteur de se dénoncer ; si l'auteur ne se
dénonce pas, faire le signalement", a précisé le prélat.

Alerté par l'un des deux évêques ayant informé la justice, le procureur de
Gap Raphaël Balland s'est agacé d'une opération de testing pouvant "noyer de vrais messages de victimes", selon des propos cités par Le Monde.

"Le parquet de Gap n'est pas content, je le comprends, mais moi je ne suis
pas content de voir que seuls deux diocèses saisissent la justice", a répondu à l'AFP François Devaux, le président de La Parole libérée.

Cette association regroupe notamment des victimes du père Bernard Preynat, prêtre lyonnais mis en examen en janvier 2016 pour des abus sexuels sur des scouts.

Dans son "projet de réforme", La Parole libérée demande que l'Église en
France accepte d'indemniser les victimes de prêtres, même si les infractions sont juridiquement prescrites et donc non reconnues par la justice au plan pénal.

"C'est évidemment une question à laquelle nous ne pouvons pas ne pas
réfléchir, ne serait-ce que parce que nos voisins belges, suisses et allemands ont dû l'affronter", a estimé le porte-parole de la CEF.

Mais "je redis aujourd'hui aux victimes qui veulent avoir réparation qu'il y a une voie, qui est celle de porter plainte au civil, pour obtenir cette réparation", a-t-il ajouté.

Le rapport émet aussi de vives critiques sur les instances mises en place il y a un et demi par l'Eglise: la cellule permanente de lutte contre la
pédophilie est jugée "opaque", la commission indépendante évaluant la
situation de prêtres mis en cause pour pédophilie "inutile".

"Les mesures prises en avril 2016 ne l'ont pas été dans l'urgence et la
précipitation mais sont des mesures de fond, laissons-les porter du fruit", a
répliqué Mgr Ribadeau Dumas.






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